Souriez, vous êtes toujours filmés !

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Récemment, j’ai participé à une « Journée du droit du travail ». Cette série de conférences et ateliers organisée sous l’angle de perspective RH avait pour thème cette année la protection des données : tout un programme !

Un premier aspect abordé a été la vidéosurveillance ; le constat sous-jacent est que peu à peu, nous avons cédé du terrain sur notre intimité pour acheter de la sécurité ; sans même nous en rendre compte, la plupart du temps, nous nous laissons conditionner de bon gré. Je prends le train tous les jours : ce n’est pas précisé dans les conditions contractuelles, mais les CFF détiennent environ 15’000 caméras, entre les trains et les gares.

À l’ère où nous vivons, il est presque impossible de faire un pas sans qu’une entité, quelque part, ne soit en train de collecter nos données. Lorsque j’écris ceci sur ce blog, il est possible de savoir :

  • que je fais partie de la centaine de personnes ayant participé à cette manifestation – je l’ai déclaré
  • où je me trouve physiquement – empreinte laissée par mon adresse IP
  • quelle robe je vais porter au mariage de mon amie J – donnée calculée … et oui ! Cela m’est arrivé plus d’une fois, par exemple, de trouver parmi les publicités sur larousse.fr l’annonce pour l’exacte paire de bottes que j’avais convoitée la veille, sur un autre ordinateur, à un autre endroit … esprit google, est-tu là ?

Avec la démocratisation d’internet et des réseaux sociaux, c’est la notion même d’identité qui est remise en cause : qui suis-je dans le monde numérique ?

L’état sait qui je suis – nom, prénom, date de naissance, sexe, numéro de contribuable.
Mes amis savent qui je suis – je parle de mes vrais amis, ceux que je côtoie depuis longtemps, qui m’entendent éclater de rire et faire des blagues nulles, ceux avec qui je partage un verre ou un repas.
Et avant, ça s’arrêtait là. Chacun savait qui le connaissait parce que c’était forcément réciproque.

Mais que sait internet ? Et qu’est-ce que « ça » dit de moi ? N’avez-vous jamais eu la curiosité de google-iser votre nom ?

Les deux premiers résultats pour mon nom sont des pages du site de mon employeur ; ok.
Le troisième est une page facebook regroupant des personnes qui portent le même nom que moi ; ambiguïté.
Et le quatrième est mon profil LinkedIn. C’est tout. Dans les résultats d’images, deux seulement me concernent.
Au-delà de ça, les résultats n’ont rien à voir avec moi. Mais comment quelqu’un qui ne me connaît pas pourrait faire la différence ? Comment peut-on être sûr qu’il s’agit de la bonne personne ?
Par ailleurs, si l’on connaît le nom que j’ai porté dans le passé, on peut trouver des informations sur ma scolarisation et ma formation professionnelle, et même sur des événements de ma vie privée !

Ce qui m’a le plus bousculée dans cette journée à thème, c’est précisément cette notion d’identité numérique et le peu de maîtrise que nous avons vraiment là-dessus.

Par exemple, il est démontré qu’un profil facebook ne dit pas qui vous êtes ; il dit qui vous croyez être.

L’idée que les gens se font de vous est inconsciemment liée à l’attractivité physique de vos amis – ou de l’image qu’ils se donnent sur les réseaux sociaux – pouvait-on soupçonner que notre cerveau fonctionne comme ça ?

Nous voyons déferler une marée d’informations, de publications, de « partages » ; cette culture narcissique non seulement de sa personne mais de l’image donnée de sa personne (physique, culturelle, sociale, morale) ; l’opinion des autres que l’on prétend façonner. Ne finit-on pas par s’y perdre soi-même ?

Banksy déjà s’étonnait de cette tendance, il y a quelques années : selon lui – et des tas bandes dessinées, films de science-fiction – l’invisibilité est un super-pouvoir. Pourquoi tant de gens cherchent-ils à s’exposer à tout prix ?

C’est la tendance. Moi, j’étais à côté des tendances bien avant que ce soit devenu tendance, et franchement ça ne m’a attiré aucun avantage en termes de vie sociale, à l’époque : bien au contraire ! Aujourd’hui c’est plus facile : la mode, c’est de ne pas suivre la mode. Suis-je la seule à voir l’absurdité de cette boucle ?

Au final, être une personne simple, franche et fidèle à soi-même, de nos jours, c’est un soulagement : rien à montrer, rien à cacher. Rien à craindre.

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