Lutheries Culliéranes

 

Mercredi soir : je suis au Cully Jazz Festival ; bénévole, je porte un badge, et à ce moment-là je me tiens au contrôle des entrées du Next Step, une scène payante ; un petit garçon approche : Madame, c’est ici qu’il y a une contrebasse ?

Mais mon pauvre petit ! en ce moment, il y a des contrebasses partout, dans ce village … ici et dans une dizaine d’autres lieux, il y a des contrebasses et des basses, des guitares, des violons, des violoncelles, des banjos et que sais-je encore ! Il y en a qui ont la fête du slip, ici c’est la fête du luth.

Soyons clairs : je ne suis pas une spécialiste, je ne suis pas musicienne, je n’y connais rien, techniquement parlant. Et ce Jazz – par opposition à celui de Montreux – usurpe bien moins son appellation, la grande majorité de sa programmation étant effectivement dans le registre jazz, donc souvent d’un abord difficile pour les incultes comme moi. Mais j’aime profondément la musique, avec les tripes ; je ne m’imagine pas vivre sans musique et depuis fort longtemps je m’inscris comme bénévole dans différents festivals, ma motivation première étant la possibilité d’avoir accès aux scènes de plus de concerts que je ne pourrais m’en payer.

Mais le Cully (pour les intimes), c’est encore bien plus que ça. C’est un véritable état d’esprit général, une joyeuse infection propagée à toute la région. Pendant dix jours, les gens se côtoient, se tutoient, ripaillent, toujours un verre de blanc à la main – un Epesses, un Calamin ou un Dézaley, s’il vous plaît, pour faire honneur à la production locale. Les habitants, loin de se laisser incommoder par les festivités, y prennent allégrement part ; et tout le village vibre au son des cuivres et surtout des cordes, et un peu de percussions aussi … et moi, je voyage docilement à ce rythme, me laissant surprendre par des découvertes ou revoyant mes gammes au fil de mes heures de bénévolat … voici donc ma sélection subjective et aléatoire de cette édition du Cully Jazz.

Lionel Suarez – Quarteto Gardel, au Temple

Mise en bouche. Je n’ai pu assister qu’à une partie du concert, mais c’était comme de prendre un carrousel en marche : on entre tout de suite dans la danse. On oublie où on est, ce qu’on fait là, on écoute, ça percute, ça bat dans nos veines.

Je n’ai pas trouvé plus que ça à vous offrir :

 

Leyla McCalla, au Temple

Les concerts au Temple restent particuliers, dégagent un léger parfum de transgression pour la catholique que je suis : il y a quelque chose de curieux à mettre un artiste à la place d’un pasteur, un piano à la place de l’autel ; faire du performer celui ou celle qu’on adore, pour une heure ou deux. C’est une expérience presque mystique, de faire danser l’assemblée dans un temple, comme le quarteto Gardel l’a fait ; ou de faire tout le monde chanter en choeur, comme Leyla McCalla l’a fait sur Fey-O.

Leyla McCalla vient étonnamment du Queens ; étonnamment, parce que ses lointaines origines haïtiennes sont omniprésentes dans sa musique.  Elle chante en français, en anglais et en créole, une musique légère, agréable, sensible et délicate, qui sent bon le beurre de karité, le soleil et la joie simple, et qui à la fois nous emmène au fin fond de la Louisiane, nous invite à une fête improvisée au cœur du bayou. Et juste là, un violon …

 

Miles Mosley and the West Coast Get Down, au Next Step

Miles Mosley, c’est le mec à la contrebasse que cherchait le petit garçon. Ce qu’il fait ressemble à mélange de jazz et de rock. Le magazine Rolling Stone l’a tout de même comparé à Lenny Kravitz, c’est dire si la barre est placée haut ! Une énergie impressionnante, une musique saisissante, des musiciens qui s’éclatent et qui arrivent à le transmettre, à le partager.

Le morceau que j’aurais voulu partager ici est le sublimissime More than this, mais malheureusement je n’en ai trouvé aucune vidéo. Abraham donnera, je l’espère, une assez bonne idée de la chose.

Le même soir, j’ai du coup manqué le concert de Meduoteran (feat. Carles Benavent), qui était au Temple, et dont je ne pourrai rien d’autre que : dommage !

 

Big Daddy Wilson, au Chapiteau

Ce soir-là, je n’avais pas prévu d’aller voir Big Daddy Wilson. J’y suis allée par curiosité, j’y suis arrivée à la moitié du concert au moins et au final, je me suis mordu les doigts de n’avoir pas pris le temps d’y aller plus tôt. C’était du génie ! Big Daddy Wilson est exactement le type que l’on peut s’imaginer rien qu’à son nom : un Noir un peu enrobé, dans un beau costume, portant des lunettes noires et coiffé d’un chapeau. Il chante un blues profond d’une belle voix grave, il nous transporte quelque part en Amérique, dans un bar intime, dans un sous-sol, dans les années 70.

Étant tenue d’assister à ce concert debout, de par mon statut de membre du staff qui n’a pas payé son billet, c’était pourtant un de ces concerts où j’avais plutôt de la peine pour les gens qui étaient obligés de rester assis !

 

Fink, au Chapiteau

C’est la tenue d’une promesse trois ans après. Fink m’a été donné à découvrir par un copain qui connaît bien, un vinyl passé un matin d’été en sirotant un café – Perfect Darkness. Puis l’invitation d’un autre copain à aller l’écouter au Montreux Jazz, en 2014, dans la jeune salle du Club – je ne sais plus pourquoi, mais je n’y suis pas allée.

J’aimais bien ce que faisait Fink, et j’avais toujours l’envie de le voir en concert ; mais là, c’était encore autre chose, il est venu avec un tout nouveau projet : Fink’s Sunday Night Blues Club. Cerise sur le gâteau : c’était une première, puisqu’ils n’avaient encore joué cet album nulle part ! Alors comment c’était ? C’était bien, c’était noir et expérimental, c’était authentique, ressenti, c’était brut et c’était cool. Même si parfois, c’était aussi un peu plaignant ou distant. S’il y a quelque chose que je pourrais reprocher à Fink, c’est d’avoir un peu fait son truc dans son coin (ok, son coin est la grand scène du Cully …). On avait par moments l’impression d’assister à une répétition, au local, entre potes. Une répétition bien rôdée, certes, mais pas un spectacle. Et alors, c’est mal ? Non, c’était super !

 

Piers Faccini, au Next Step

C’était une suggestion de Spotify, cette semaine, et comme parfois le hasard fait bien les choses, il m’était servi sur une scène près de chez moi. Heureusement, parce que l’écoute de morceaux « album » n’arrivait pas à me convaincre, et j’aurais aussitôt oublié ce nom sans cette opportunité : j’avais le sentiment que ça pouvait être bien en live, je m’imaginais tout à fait cette musique au Next, et j’ai eu raison de me déplacer.

Piers (prononcez Pierce, comme Brosnan) est un type qui gagne à être connu en concert. On dirait que sur l’album il a posé les bases sur lesquelles faire de la bonne musique en live. Les sonorités qui me dérangeaient sur les arrangements studio, qui me faisaient penser à une forme de folk celtique, ne sonnaient plus du tout pareil dans le volume de la salle, dans l’ambiance du concert. On ne savait plus si on était en Islande ou dans un camp de gitans dans les Balkans. À l’image de mon indécision :

Version longue, sans mandoline, mais une interprétation très cool !

Version courte, mais avec mandoline – donc très cool aussi :

 

Conclusion : on dirait bien que je suis capable d’aimer le jazz, quand il met un peu d’eau / rock / blues dans son vin / blanc d’Epesses …

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